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La Bible des Peuples

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Les Lettres de la Captivité

Introducción

On a toujours réuni sous le terme de Lettres de la Captivité les quatre épîtres suivantes : Ephésiens, Philippiens, Colossiens, Philémon. Paul les a écrites étant en prison, que ce soit à Ephèse en 56, ou à Césarée en 58-60. A Rome, en 60-62, il était en demi-liberté.
De très nombreux biblistes aujourd’hui mettent en cause l’attribution à Paul des lettres aux Ephésiens et aux Colossiens. Ils ne manquent pas d’arguments, mais les traits de ces lettres qui plaident en faveur de leur authenticité sont également nombreux, de sorte que les hypothèses qui attribuent ces lettres à un disciple de Paul de la génération suivante se sont multipliées à mesure qu’on en voyait les contradictions.
Ces deux lettres sont intimement liées et les mêmes thèmes y sont traités de la même façon. Il est donc impossible que l’une soit authentique et que l’autre ne le soit pas : on ne va pas copier vingt ans plus tard une œuvre apostolique pour redire les mêmes choses quand la société n’est plus la même. Mais alors, pourquoi un plagiaire aurait-il fait une double lettre ? Et que penser d’une lettre aux Colossiens écrite après le tremblement de terre de l’an 60 qui a détruit la ville ? Car elle n’a jamais été reconstruite.
Et puis il y a le petit billet à Philémon dont personne ne met en doute qu’il soit de Paul lui-même, et ce billet est inséparable de Colossiens. Voir Col 4,9 et Phlm 24-26.
Ceux qui mettent en doute l’authenticité de ces lettres soutiennent qu’elles sont trop différentes des autres lettres de Paul pour être de lui. Les différences de style, à elles seules, ne prouvent rien : il suffit que Paul, prisonnier, ait laissé à un assistant comme Timothée une plus grande liberté de rédaction. Il est vrai que ces lettres rendent un autre son ; pourtant il n’y a pas un des points dits nouveaux qui ne soit déjà ébauché dans les lettres antérieures. Quant à affirmer qu’elles s’adressent à génération postérieure, c’est plus facile à dire qu’à prouver.
Puisque le seul reproche qu’on puisse faire à ces lettres est d’avoir du neuf, toute discussion sur leur authenticité dépendra de la question suivante : Paul était-il capable d’évoluer ? Avec la vie spirituelle qui le portait et les problèmes toujours nouveaux qu’il rencontrait dans son apostolat, on a du mal à croire qu’il se soit ankylosé. Si déjà les lettres aux Romains et aux Corinthiens reflètent une bien plus grande maturité que la première aux Thessaloniciens, pourquoi vouloir qu’il s’en soit tenu là ?
Deux changements majeurs l’ont affecté. D’une part il considère comme terminé son apostolat en Asie mineure et en Grèce, et il veut évangéliser l’occident. Et d’autre part ce sont les années de prison. Interné à Césarée, même traité humainement et considéré, ce n’est pas la vie de château, et les chaînes pèsent sur l’activité apostolique. Paul jette un autre regard sur les personnes et les institutions, et c’est alors que se produit beaucoup plus qu’une révision théologique : un changement de décor spirituel. Plutôt que de chercher partout des faussaires, nous pourrions nous interroger sur ce que Paul avait encore à découvrir et qui justement se fait jour dans les Lettres de la Captivité.
Quand les limites s’effacent
Il n’y a pas de doute qu’on y rencontre un esprit nouveau, même si le vocabulaire n’a pas changé autant que certains l’affirment. En simplifiant un peu on pourrait dire que jusque là Paul avait gardé le vocabulaire et les images du Dieu souverain et juste juge qui est celui de l’Ancien Testament. Dans le commentaire des Romains nous avons souligné le sens nouveau de la justification devenue la refonte de la personne humaine ; on ne peut pas nier pour autant que l’œuvre de notre salut y soit exprimée en des termes qui sentent encore la Loi. Qu’il s’agisse des relations entre Dieu et l’humanité, ou de la lutte entre le bien et le mal, Paul se meut encore dans un univers juridique qui est celui des rabbins. Plus encore, on est frappé par son agressivité.
Dans ce cadre légaliste et juif étaient venues se placer la découverte du Dieu Père et les expériences de l’Esprit. Elles avaient amolli chez Paul ce qu’il pouvait y avoir d’austérité et de violence dans la religion du Dieu souverain et juge, et c’est la joie qui dominait dans l’attente du Seigneur. Mais ces sentiments nouveaux, fruits de l’Esprit, continuaient de faire bon ménage avec les images anciennes, lesquelles entretenaient une forte dose de fanatisme. C’est plus visible en 1Th, c’est aussi vrai en 2Co 11,13 et Ga 2,4.
A quoi attribuer le changement de décor et d’esprit dans les épîtres aux Ephésiens et aux Colossiens ? Paul y combat des spéculations étrangères à la foi ; les religions d’Asie Mineure véhiculent un mélange de fables (en grec : mythes) et de philosophie qui bientôt vont se structurer dans les doctrines gnostiques (de gnose ou « connaissance »). Ces spéculations séduisent les esprits grecs, mais n’ont-elles pas été comme une provocation pour Paul lui-même ? N’ont-elles pas enrichi sa vision de Dieu et de l’univers ?
Le salut y était vu un peu comme une alchimie cosmique, une dialectique de puissances spirituelles plus qu’une grâce du Père et un choix responsable du croyant dans les combats de ce monde ; nulle perspective de jugement ne venait troubler les parfaits. Pourtant l’idée des âmes issues de Dieu et qui retournent à Dieu après s’être libérées de la matière était séduisante, car elle faisait pressentir notre éternité, non pas seulement comme le prix d’une lutte, mais comme notre vraie patrie (Ph 3,20). Venus de Dieu, retournant à Dieu : dans le bel hymne de Ep 1,1-14 Paul nous dira que la louange éternelle de la grâce divine est tout ; la prédestination, qui figurait déjà en Rm 8,28 s’est installée dans la nature divine. A la mesure de l’éternité, Paul prend davantage de recul face aux discussions dogmatiques, il aimera contempler l’œuvre de Dieu comme déjà achevée (Ep 2,6). En Galates et 2Co 11,2 il brûlait de jalousie pour la vierge pure, l’Eglise militante ; en Ep 5,23 il ne voit plus que le mystère éternel de l’Eglise.
Dans les doctrines grecques, l’œuvre rédemptrice et divine (plutôt que de Dieu) prenait figure d’un flux et reflux de la nature divine, on était loin d’un ordre juridique. Paul n’allait pas renier la jalousie de l’amour divin ni la sagesse de la croix, mais il ne pouvait que faire sienne la contemplation d’un Dieu sans trône, libéré des droits, des devoirs et des lois. La sainteté de Dieu dont il avait expérimenté la toute-puissance (Ep 3,7), n’en devenait que plus envahissante.
Durant la captivité de Césarée Paul a laissé mûrir ce qui s’était éveillé en lui, et quelques paroles de Dieu à lui dirigées ont fait le reste(Ep 3,2).
En ces années l’attente du Jour du Seigneur s’essoufflait, et le Dieu de Paul allait se situer dans une lumière où sa Colère ne peut l’accompagner, là où l’on veut que tous les hommes soient sauvés (Ep 3,8 ; 1Tm 2,4). Le Christ, plus grand que jamais, assumait la longue histoire qui ne faisait que commencer ; Paul se voyait pris dans une aventure cosmique où lui, si petit, avait été nécessaire pour la louange éternelle. Et il entrait dans l’épaisseur d’une rédemption où les souffrances du Christ débordent sur ceux qui l’aiment et jusque sur leurs chaînes (Ep 4,1 ; Col 1,24). Là était le mystère des relations entre le Père et sa création, entre le temps et l’éternité, entre le peuple choisi de Dieu et l’humanité rachetée.

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