Uso de Cookies: Las cookies nos permiten ofrecer nuestros servicios. Al utilizar nuestros servicios, aceptas el uso que hacemos de las cookies.

ACEPTAR Más información

La Bible des Peuples

Tamaño de letra: Aumentar - Reducir - Original

Au Nouveau Testament

Introducción

Le Nouveau Testament comprend vingt-sept écrits rédigés dans les années qui ont suivi la résurrection du Christ : nous les devons aux apôtres et aux évangélistes de l’Église primitive. L’Église les a reconnus comme livres inspirés par Dieu, elle les a joints aux livres sacrés qu’elle recevait de la tradition juive, et c’est à partir de ces livres nouveaux qu’elle a réinterprété les anciens.
Le mystère du neuf
La Bible chrétienne comprend donc des livres anciens et des livres nouveaux. Si l’on sait que “ testament ” est ici un héritage du grec, où le même mot signifie à la fois alliance et testament, on comprend que l’Ancien Testament rassemble les livres nés de l’alliance plus ancienne du Sinaï, où Dieu a fait d’Israël son peuple. Et le Nouveau Testament procède d’un fait plus récent, une alliance entre Dieu et le peuple renouvelé par le sacrifice de Jésus.
Et pourtant, ce n’est pas là le vrai motif pour lequel on l’a qualifié de “ neuf ”. Car on aurait alors des raisons de se méfier de ce mot qui, le plus souvent, ne désigne que le dernier modèle, la dernière performance, la dernière théorie : ils seront bientôt vieillis et dépassés.
Ce Testament est neuf, non parce que c’est le dernier venu, mais parce qu’il nous ouvre une expérience du monde définitif, disons : de l’Éternité. L’Éternité : non pas ce qui dure très longtemps – on ne ferait que s’y ennuyer – mais ce qui n’a rien à voir avec le temps. Ce qui est éternel ne s’use pas et ne vieillit pas (1P 1,4), cela est et sera toujours neuf. On ose à peine l’appeler “ Dieu ” car le mot est devenu trop banal et on ne l’emploie souvent que pour blasphémer.
Le Nouveau Testament est tout entier un appel à entrer dans le mystère de ce “ neuf ”. Depuis l’enfance de Jésus à Nazareth et les paraboles du Royaume jusqu’à l’Apocalypse, en passant par les discours de l’Évangile de Jean et la passion de Paul, on ne s’intéresse qu’au neuf : l’Amour Dieu ne nous promet rien d’autre que lui, et il veut qu’en le rencontrant dès ici-bas nous puissions goûter déjà à l’éternité.
Les livres du Nouveau Testament dénoncent le vide d’une existence où l’on ne veut que jouir de la vie, mais aussi ils remettent en cause les pratiques religieuses, la sagesse des prudents, les peurs et le souci de l’avenir, la bonne conscience des bons. Le chemin de la pauvreté et du dépouillement nous donne accès à un univers où règnent l’humilité, l’espérance et la joie : là se cache, ou se dévoile, le monde définitif.
Bien des fois le livre nous rappellera qu’il n’y a pas d’amour au sens fort s’il n’y a pas eu un choix de l’aimé ou de l’aimée. Dans le cas présent, Dieu nous appelle à croire en celui qu’il a envoyé, Jésus, le Fils éternel fait homme. Le Nouveau Testament ne dit rien d’autre et ne nous offre rien d’autre que Dieu. Celui qui croira saura bien vite qu’il été choisi et aimé depuis toujours (Ep 1,4)
Les livres du Nouveau Testament
1. Le Peuple et son Livre
Les livres de l’Ancien Testament ne faisaient qu’un avec l’histoire du peuple choisi par Dieu. Il en va de même pour le Nouveau Testament : il est le reflet de ce qu’ont vécu les apôtres de Jésus et les premières communautés chrétiennes.
Nous venons de rappeler l’échec des efforts pour évangéliser les Juifs de Palestine : il n’avait fait qu’encourager l’annonce de l’Évangile à d’autres peuples. L’Église avait conscience d’être « l’Israël renouvelé ». Non pas un peuple étranger au peuple juif, car elle regroupait les Juifs qui avaient cru. Une majorité s’était refusée à suivre, mais les convertis venus des autres peuples allaient réparer les brèches de ce peuple de Dieu. Les chrétiens ne sont donc pas alors un « mouvement de Jésus », une nébuleuse de communautés suscitées par quelques prédicateurs inspirés. Il y a une structure, et la tête, c’est le groupe des Douze choisis par Jésus.
Dans les premiers temps après la Pentecôte, il n’y a pas d’autre règle de la foi que leur témoignage. Prédication, justification de la foi nouvelle, annonce à ceux qui ne se sont pas encore converti, tout se fait par la parole (Actes 4,42). Mais lorsque commence à Jérusalem (Actes 6), une communauté de langue grecque qui a ses réunions, sa vie propre, ses contacts avec les Juifs d’autres pays qui viennent en pèlerinage à la ville sainte, les écrits deviennent indispensables, aussi bien pour la catéchèse que pour la liturgie. C’est peut-être à ce moment qu’est rédigé le premier évangile, ou si l’on veut, le premier texte antérieur à nos évangiles et qui leur a servi de base. Car la plus ancienne tradition parle d’un évangile de Matthieu rédigé en hébreu, distinct de notre Évangile de Matthieu rédigé en grec, lequel est plus développé et n’apparaîtra que plus tard. Il est aussitôt traduit en grec pour les hellénistes, c’est-à-dire pour les Juifs de langue grecque. Ceci doit avoir lieu en l’an 36 ou peu avant.
On sait que l’un des responsables de la communauté helléniste, Étienne, s’est attiré rapidement la haine des Juifs par sa prédication très convaincue : il est lapidé par les Pharisiens (Ac 7). Les hellénistes se dispersent et portent l’évangile en Samarie. Ils y avaient intégré plusieurs paroles de Jésus sur le Temple, la vraie pureté, les traditions des Pharisiens (tout le contenu de Mt 15 y 16 qu’on ne retrouvera pas chez Luc). On les avait négligées précédemment, mais pour les hellénistes elles étaient importantes.
Quelques années plus tard, Pierre descend à Césarée, la capitale romaine de la Palestine, il y baptise le centurion Cornelius (Actes 10). Une église commence dans laquelle participent un certain nombre de non-Juifs qui déjà étaient adorateurs de Dieu, c’est-à-dire sympathisants de la religion juive. Il semble bien que cette communauté soit le lieu d’origine d’un document qu’on retrouve en de nombreux paragraphes communs à Matthieu et à Luc. On y avait consigné des paroles de Jésus qui ne figuraient pas dans le Matthieu hébreu. Ce texte est considéré depuis longtemps par les biblistes comme une seconde source des évangiles de Matthieu et Luc, on l’appelle source Q, ou : Les dits du Seigneur. On est déjà en l’an 40.
A la même époque, si nous continuons de suivre le livre des Actes des Apôtres, une communauté chrétienne se fonde à Antioche, hors de la Palestine (Actes 11); elle est intégrée pour la première fois par de nombreux grecs qui étaient restés étrangers à l’apostolat juif. Bientôt Paul, le persécuteur converti, vient s’y joindre ; de là il partira pour ses missions dans les pays méditerranéens (Actes 11,26 ; Actes 13,1). A Antioche sans doute le tout premier évangile, celui qu’on appelle Matthieu hébreu, est traduit de nouveau en grec. On est alors aux environs de l’an 50.
2. Origine et date de nos quatre évangiles
Deux dates sont à retenir, l’une et l’autre importantes pour l’Église, décisives également sur le plan des écrits, car elles permettent de situer les évangiles de Matthieu, Marc et Luc.
La première est l’année 62-63. En Palestine, le grand prêtre Ananias fait lapider Jacques « frère du Seigneur », évêque de Jérusalem, et les chrétiens sont exclus des synagogues. Au même moment à Rome, Néron se débarrasse de ses précepteurs et commence son règne tyrannique. Jusque là les autorités romaines voyaient les chrétiens comme une secte juive et ils jouissaient dans l’empire de la tolérance que ceux-ci avaient acquise. Mais maintenant Néron ne fait plus la confusion, car certains de ses conseillers se font les avocats des saducéens de Jérusalem. De plus l’impératrice Poppée est une « adoratrice de Dieu » ; les chrétiens sont donc une secte illégale et dès 64 ou 65 c'est la grande persécution à Rome même, avec l’exécution de Pierre et de Paul.
La seconde date importante est celle de la ruine de Jérusalem en l’an 70 à la suite des quatre ans de guerre contre les Romains. La vie d’Israël a été bouleversée par cette tragédie, désormais il sera impossible de parler des événements de Palestine comme on le faisait auparavant. L’Eglise, pour sa part, s’est recentrée sur le monde romain. Mais nos trois premiers évangiles et les lettres de Paul ignorent ces changements et sont donc antérieurs.
Luc compagnon de Paul dans ses voyages, a dû rédiger son œuvre en deux volumes (l’Évangile et les Actes) dans les années 60-62. Il a terminé les Actes très peu avant la mort de Paul que son livre ignore. Écrivain remarquable, moins par le style que par la façon scrupuleuse dont il utilise ses sources et son intelligence de l’action de l’Esprit, il a repris l’évangile grec utilisé à Antioche, celui-là même que Paul devait utiliser dans ses missions. Il l’a complété grâce à d’autres documents qu’il avait trouvés dans les églises de Palestine, notamment la fameuse source Q.
Notre Évangile de Matthieu doit avoir été écrit un ou deux ans plus tard. Son auteur a été témoin de l’excommunication des chrétiens et c'est pourquoi il veut les rassurer : même exclus, ils sont le véritable Israël. La figure qu’il laisse de Pierre semble suggérer qu’il a connu sa fin. Mais, et cela vaut aussi pour Luc, il ne pouvait pas écrire comme il l’a fait s’il avait connu la destruction de Jérusalem et du Temple en l’an 70. Cet ouvrage reprend l’évangile en grec que l’on devait aux chrétiens hellénistes ; il intègre divers autres documents dont la source Q.
Quant à Marc, secrétaire de Pierre (1P 5,13) après avoir été l’assistant de Paul (Actes 12,25), il semble bien qu’il a écrit un peu plus tard, contrairement à ce que beaucoup pensaient au siècle dernier. En 185, l’évêque et martyr saint Irénée écrivait : “Matthieu a publié un évangile parmi les Hébreux et dans leur langue, tandis que Pierre et Paul allaient à Rome pour évangéliser et pour y fonder l’Église. Après leur départ (ne faut-il pas comprendre : leur martyre ?) , Marc, disciple et traducteur de Pierre, a consigné par écrit ce que Pierre prêchait. ” De fait, une lecture attentive montre que Marc a été témoin des persécutions romaines, mais sans doute pas encore de la ruine de Jérusalem. Son évangile est plus court que ceux de Matthieu et de Luc, car il s’est contenté de reproduire le premier évangile dit Matthieu hébreu, mais il l’a fait en combinant les deux versions grecques qu’on en avait faites : celle des hellénistes déjà utilisée par Matthieu, et celle d’Antioche déjà utilisée par Luc.
Nous n’avons rien dit encore de Jean. Son évangile est plus tardif. On s’accorde pour dire qu’il l’a terminé dans les années 90-95. Nous en parlerons dans l’Introduction à ce livre.
Ce sont là nos quatre évangiles. Leurs auteurs ont chacun sa personnalité propre ; ils n’hésitent pas à adapter leur langage à leurs lecteurs. Chacun construit son récit selon un ordre qu’il a choisi et il joint parfois des faits qui se sont produits à des moments différents. Tout cela n’infirme pas son témoignage. Nous n’aurons pas une “photo”, un enregistrement des paroles de Jésus, mais plutôt quatre prises de vue différentes qui se complètent. Peu importe qu’ils se contredisent dans certains détails : s’il y avait un aveugle à la sortie de Jéricho, ou deux, qu’est-ce que cela change ?
3. Les Lettres des Apôtres
Les apôtres étaient des itinérants et il restaient en communication avec leurs églises. Il nous est resté une vingtaine de leurs lettres. Elles viennent dans le Nouveau Testament après les évangiles et les Actes, mais elles sont presque toutes antérieures à la publication des évangiles. C’est ainsi que la première lettre de Paul aux Thessaloniciens est de l’année 50 et que le texte relatif à l’Eucharistie dans la première lettre aux Corinthiens est antérieur à celui des évangiles.
On a attribué à Saint Paul quatorze de ces lettres. En réalité la dernière, celle aux Hébreux n’est sûrement pas de lui. L’authenticité des quatre premières, habituellement appelées « les grandes épîtres », n’a jamais été mise en doute, pas plus que celle des lettres aux Thessaloniciens. Elles ont été écrites dans les années 50 à 57.
En 58 Paul veut quitter l’orient. Avant de partir vers Rome et l’Espagne il se rend à Jérusalem et quelques jours plus tard il est arrêté. Il restera deux ans captif à Césarée. Puis ce sera le voyage à Rome, puis deux ans de semi-captivité. Après, nous savons seulement qu’il a été exécuté, très probablement lors de la grande persécution de Néron (64-65).
Nous avons sept lettres de ce temps : les quatre « lettres de la captivité », et les trois « lettres pastorales. Pour diverses raisons, bien des historiens ont considéré que la plupart de ces lettres n’étaient pas de Paul mais qu’elles avaient été écrites vers la fin du premier siècle. De fait, Paul a dû écrire la lettre aux Philippiens étant en prison à Éphèse en 56. Il a dû écrire les trois autres (Ephésiens, Colossiens, Philémon) de sa prison de Césarée en 58 ou 59. Quant aux lettres pastorales, ainsi appelées parce qu’elles sont adressées à des pasteurs d’âmes, les délégués de Paul auprès des églises, il y a bien des raisons de maintenir leur authenticité ; en ce cas elles auraient été écrites en 58-60, avant ou durant la captivité de Paul à Césarée.
Dans le Nouveau Testament viennent ensuite sept lettres attribuées à Jacques, Pierre, Jean et Jude. Elles sont dites catholiques, c’est-à-dire qu’elles ne sont plus adressées à une personne ou à une communauté, mais destinées à circuler dans l’Église entière. C’est encore le cas de l’Apocalypse de Jean, laquelle est un peu antérieure à son évangile et doit dater des années 90.
Les écrits du Nouveau Testament :
la critique et la foi
1. Les textes actuels, sont-ils fidèles au texte original ?
Nous avons dit à quel point les textes étaient liés à l’histoire de l’Église primitive. La foi reposait sur le témoignage des Douze que Jésus avait choisis et dès le début les écrits sont nés sous leur contrôle. Les livres étaient ensuite gardés jalousement. Dès la fin du premier siècle, la plupart des livres de notre Nouveau Testament étaient déjà connus et acceptés un peu partout. Parmi les livres qui revendiquaient l’autorité des apôtres l’Église faisait un choix, écartant les textes qui ne lui semblaient pas fiables. Car au siècle suivant d’autres “évangiles” ont été écrits : “l’évangile de Pierre”, “l’évangile de Thomas”, “l’évangile de Nicodème”, “le protévangile de Jacques”... En dépit de leur titre et des merveilles qu’ils contaient, l’Église les a écartés parce qu’elle n’y reconnaissait pas la tradition des apôtres.
La liste des livres reconnus ne sera fixée officiellement que trois siècles plus tard, mais alors on se contentera de ratifier l’usage universel des Églises.
Les manuscrits originaux ont disparu, victimes du temps, à part quelques rouleaux enterrés dans des climats désertiques. Comme tous les livres de l’antiquité on les a recopiés bien des fois. Il nous reste cependant quelques très beaux manuscrits du 4ème siècle contenant l’ensemble de la Bible grecque et du Nouveau Testament. On a aussi de très nombreux textes ou fragments de textes sur papyrus datant du 2ème et du 3ème siècle : presque tous les livres du Nouveau Testament y sont représentés. Précisons que les livres du Nouveau Testament ont été rédigés en grec, la langue internationale de l’empire romain d’alors.
Ces manuscrits ont été recopiés à la main jusqu’à la première Bible imprimée par Gutenberg en 1456. Il est impossible de copier des manuscrits sans commettre quelques erreurs, mais on avait hérité des Juifs des pratiques de contrôle et de relecture. En comparant aujourd’hui les différents manuscrits groupés d’après leurs divergences et leurs origines, les spécialistes ont pu réviser de nombreuses erreurs, mis elles ne portent jamais que sur des détails et ne mettent pas en cause l’essentiel. Le texte grec que traduisent nos bibles est sans aucun doute à peu près identique à ce que devait être l’original : sur ce point, pas de discussions.
2. L’original était-il un témoin fiable des événements sur lesquels se base la foi ?
Les textes sont là, les uns croient, d’autres s’abstiennent de juger, d’autres se moquent. L’évangile lui-même a dit comment il serait accueilli (Jn 3,31 ; 15,20). Périodiquement les médias nous donnent quelques échos des discussions autour de Jésus, de son message,… il est bien rare qu’on y entende une parole de foi. Des livres sont publiés, parfois signés par des religieux, qui donnent des pour, des contre, et finalement donnent à penser que tout est possible mais que rien n’est sûr. Il semblerait que l’histoire de Jésus se perd dans le brouillard.
Lorsque nous lisons le livre sacré, le texte se défend lui-même, le message transmet sa vérité hors de toute discussion. Mais si alors nous nous tournons vers ceux qui ont le plus étudié, beaucoup d’entre eux nous mettent en garde. A les entendre, les auteurs n’ont jamais affirmé qu’à moitié ce qui ressort des textes et il faudrait prendre mille filtres pour rejoindre la vérité ; nul ne pourrait se faire une idée juste de qui était Jésus sans être passé par l’hébreu, le grec… et plus encore le doute vis-à-vis de ses témoins (Mt 23,13).
Mais si le livre est Parole d’un Dieu qui sauve, il doit avoir parlé pour les simples et ce ne sont pas les discussions savantes qui nous feront croire ou ne pas croire. Reconnaissons cependant que si la foi veut s’enraciner dans tout notre être, il est nécessaire que l’intelligence trouve une réponse aux questions qu’elle se pose ou que lui posent ceux qui autour de nous ne croient pas. Et la première chose qu’il faut savoir est celle-ci : ni l’histoire, ni la critique scientifique n’ont jamais mis en échec la crédibilité des livres sacrés. Cela reste vrai même si d’innombrables personnes ont nié et nient cette crédibilité, car dans ce domaine la certitude n’est pas celle des mathématiques, elle dépend en grande partie de celui qui parle.
Jésus face à l’histoire, l’authenticité des écrits, leur interprétation, voici des questions où l’on n’obtiendra jamais un consensus entre les experts, non seulement parce que nos informations sont limitées, mais aussi et plus encore parce que nul n’est impartial dans une telle affaire. Pascal a dit que les hommes mettraient en doute le « deux par deux font quatre » s’ils y avaient quelque intérêt. Or personne ne peut rester indifférent face au message de l’évangile. Il présente Jésus comme le Fils unique de Dieu, mort et ressuscité, sauveur de tous les hommes, et ce sont là des affirmations impossibles à accepter si l’on n’a pas la foi. Donc tout chercheur, quelle que soit son honnêteté, abordera les témoignages de façon très différente selon qu’il a ou qu’il n’a pas la foi.
Certains pensent que le croyant se trompe plus facilement, parce que sa foi le rend un peu aveugle face aux arguments de la raison. Le contraire est beaucoup plus vrai, comme le montrent les discussions sur les auteurs et la date de composition des évangiles.
3. La date de composition et les auteurs des évangiles
Le croyant est toujours un peu déçu lorsqu’il apprend que l’évangile n’est pas un enregistrement exact des faits et gestes de Jésus ; mais l’Église nous dit que le témoignage est authentique, elle ne garantit pas l’exactitude de tous les détails. Le croyant préférerait penser que les évangiles ont été écrits très tôt, par des témoins directs, mais si ce n’est pas le cas, la foi n’en est pas déconcertée, car le livre sacré est parole de Dieu quels que soient ses auteurs. Nous sommes donc enclins à préférer une date précoce pour la composition des évangiles, mais si la recherche mène à des dates plus tardives, nous n’en sommes pas troublés.
Ce n’est pas le cas pour l’incroyant, car il ne peut pas accepter le témoignage tel qu’il est. Plutôt que de parler d’une falsification, il fera l’impossible pour placer beaucoup d’années et d’intermédiaires entre les témoins directs de Jésus et les évangiles que nous possédons. Il imaginera de longues traditions orales, des récits antérieurs qui se copient, se déforment, s’adaptent aux besoins du moment. Et de même pour les écrits des apôtres : s’il ne croit pas, il ne sera pas en paix tant qu’il n’aura pas montré qu’aucun des témoignages sur la divinité du Christ ne provient des témoins directs.
Une forte pression s’est donc exercée de façon constante pour reculer la date de composition des évangiles jusqu’à la fin du premier siècle, et cela alors même que les experts reconnaissaient en privé qu’il n’avaient aucun argument sérieux pour le faire, et que c’était seulement leur sentiment. Nous avons donné pour les trois premiers évangiles les dates les plus probables à partir de la critique historique et de l’analyse littéraire, de 63 à 70, mais bien des livres, même diffusés entre les catholiques, affirment encore que les évangiles de Matthieu et de Luc ont été écrits après l’année 85, lorsque les témoins avaient disparu, et pour des croyants qui ne se souciaient guère des faits réels sur lesquels s’appuyait leur foi. 
4. La lecture du Nouveau Testament : l’expérience enseigne la foi
Le problème de la date et des auteurs est important dans la mesure même où la révélation chrétienne est liée à une histoire. Si le livre n'est pas historique, il devient une sagesse ou une religion, et la foi chrétienne n'est pas d’abord sagesse et religion. Nous ne pouvons pas dans cette édition donner des justifications plus techniques : nous nous en sommes tenus à ce qu’on peut dire sans crainte d’être contredit par l’histoire et la critique. L’histoire de Jésus ne se perd pas dans le brouillard, nous pouvons l’approcher en suivant les indications que nous donnent les textes avec l’aide de la critique. Mais alors il nous faudra affronter un mystère, celui de la révélation et du Dieu fait homme.
Nous avons été formés par une culture “scientiste” et technique qui ne reçoit pour vrai que ce qui entre dans les cadres de la science expérimentale. Un monde est né qui se couvre d’assurances alors qu’il n’apprécie que la satisfaction de l’instant présent ; dans ce monde on n’attend pas grand-chose de Dieu, et Dieu n’y multiplie pas ses miracles. Beaucoup font donc le raisonnement suivant : si maintenant je ne peux pas voir des faits semblables à ceux que rapporte l’évangile, comment croire que c’est arrivé autrefois ? Tout serait différent s’ils faisaient partie d’une Église fervente dont les membres sont assez pauvres pour avoir besoin de Dieu, assez simples pour ne pas vivre en aveugles face à lui. Car alors ils seraient témoins des constantes interventions de Dieu.
Si nous participons à la vie d’une communauté chrétienne, l’expérience nous fera retrouver tout ce que disent les livres sacrés. Par contre, si nous ne remplissons pas les conditions qui permettent de “voir Dieu”, nous nous sentirons mal à l’aise tant que nous n’aurons pas trouvé le moyen de “réduire” les témoignages de l’évangile à la mesure de notre “raisonnable”. Son témoignage sur le Dieu fait homme, un Dieu qui bouge et qui ressuscite les morts, nous sera proprement insupportable.
C’est donc à partir d’une expérience de foi qu’on entre dans le Nouveau Testament, qu’on le comprend et qu’on en juge lorsque l’histoire ou la critique nous obligent à aborder des difficultés ou des doutes. Et c’est avec la foi qu’on en fait la lecture. Tout n’y a pas la même importance, ce n’est pas tous les jours qu’on y trouve des réponses, mais peu à peu le croyant découvre la logique interne de l’œuvre. Même si l’assemblage des évangiles et des lettres peut nous paraître hétéroclite, nous finissons par reconnaître que les 27 livres ne forment qu’un seul monument.

VOLVER