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La Bible des Peuples

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La Bible

Introducción

Avant la Bible
Durant de longs siècles la Bible a été “le” livre, du peuple Juif d’abord, de l’Eglise ensuite. La foi n’était pas seulement une affaire individuelle. Il ne s’agissait pas seulement de connaître des lois de Dieu qui nous mènent au bonheur et à la récompense éternelle ; toute la Bible tournait autour d’une alliance de Dieu avec l’humanité. Il y avait eu un départ, des étapes, et il y avait au terme la récapitulation de notre race dans le Christ, et l’intégration du monde créé dans le mystère de Dieu. La Bible était donc une histoire, et elle voulait être l’histoire de l’humanité. Elle n’était pas seulement le livre des paroles de Dieu, mais elle était une des bases de la culture.
Pourtant, c’est un fait, toute l’histoire biblique a été écrite en l’espace de quelques siècles en un petit coin du monde. Même si ce lieu était, comme nous le dirons, un secteur très privilégié, les auteurs bibliques ne pouvaient voir de leur fenêtre qu’un tout petit morceau de l’espace et du temps. Sortis de leur histoire particulière, ils ne pouvaient plus se fier qu’à des on-dit et à des traditions anciennes.
Pour eux il ne faisait pas de doute que Dieu avait tout créé “au commencement”, c’est-à-dire, si l’on s’en tenait à quelques données brutes de la Genèse, il y a près de 6.000 ans. Il ne faisait pas de doute non plus que le monde habité ne s’étendait pas beaucoup plus loin que l’Europe et le Moyen Orient, et que l’humanité dans son ensemble avait reçu l’annonce de l’Evangile, même si des régions entières, comme les pays “maures”, c’est-à-dire islamiques, avaient abandonné la foi. Au 13º siècle Saint Thomas d’Aquin affirmait que si par hasard quelqu’un restait encore dans l’ignorance du message chrétien, quelqu’un par exemple qui aurait toujours vécu au fond d’une grande forêt, Dieu ne manquerait pas de lui envoyer un ange pour lui faire connaître sa parole.
C’est seulement au dix-huitième siècle que la science commença à ébranler ces certitudes. D’abord, la notion du temps. Un premier pas fut la découverte des temps énormes qu’il avait fallu pour la formation du globe, et des innombrables espèces animales et végétales qui avaient disparu de la terre après l’avoir couverte. On passa vite des 6.000 années traditionnelles aux millions puis aux milliards d’années.
Une seconde étape affecta beaucoup plus profondément la vision du monde, et ce fut l’intuition d’abord, puis des preuves toujours plus nombreuses d’une véritable histoire des êtres vivants. Il ne suffisait plus de classifier les espèces vivantes ou disparues selon leurs ressemblances ou différences, le tableau se transformait peu à peu en un arbre généalogique. On voyait se dessiner des troncs communs, des ramifications, et les formes ou les articulations étaient plus ou moins comparables selon que le cousinage était plus ou moins lointain.
Chose étrange, cette découverte qui cadrait avec les intuitions de certains des Pères de l’Eglise, fut regardée par l’ensemble du monde chrétien comme une dangereuse menace pour la foi. Une des raisons en était la philosophie - il serait mieux de dire la”foi” - rationaliste ou antireligieuse de nombreux scientifiques des deux siècles écoulés. Il leur suffisait d’avoir expliqué quelques mécanismes en jeu dans les toutes petites évolutions pour affirmer que toutes les inventions et merveilles de la nature pouvaient s’expliquer de même, et, bien plus, pour affirmer que tous les mécanismes étaient venus par hasard à partir de rien.
Mais aussi, comme les chrétiens étaient habitués à penser en termes de vérités immuables, ce qui était valable pour les dogmes de la foi, il leur semblait que Dieu devait avoir soumis de même le monde céleste et terrestre à des lois immuables : les astres devraient se contenter de tourner en rond (une orbite elliptique était déjà une grande tolérance) et les êtres vivants ne pouvaient que se reproduire toujours semblables. Et il a fallu attendre le deuxième quart du vingtième siècle pour qu’on dépasse enfin l’opposition entre une science antireligieuse dans ses prétentions, et une foi qui voulait ignorer les faits.
Où voulons-nous en venir ? Tout simplement à ceci. La vision d’un monde en évolution s’accorde très bien avec la conception chrétienne du temps et des “âges” de l’histoire. Si nous étudions les lettres de Paul, nous verrons que pour lui toute l’histoire humaine est une pédagogie de Dieu de laquelle émerge le vrai Adam. Contrairement à l’image si répandue d’un Adam Tarzan qui, au début des temps, était aussi beau et fort qu’on le voit sur la fresque de Michel-Ange, mais ensuite était tombé de son piédestal, saint Irénée de Lyon, après Paul, voyait toute l’histoire dirigée par la pédagogie de Dieu vers un accomplissement de la race, ou de la communauté humaine.
Si l’on entrait dans ces perspectives, il n’était plus difficile de penser que toute la création s’était faite dans le temps. Le “big bang”, quelle extraordinaire approche d’un départ du temps créé, un temps qui part de l’éternité et qui retourne à l’éternité ! Vingt milliards d’années pour l’expansion des millions de galaxies, chacune avec leurs milliers ou millions de soleils. Et quelque part, des planètes. Combien ? Mystère. Combien habitées ? Plus mystérieux encore. Mais là aussi la foi a ses intuitions. Toute la Bible met en relief la liberté, la gratuité des gestes de Dieu. Un Dieu qui aime tous les hommes et les conduit tous vers lui, qu’ils le connaissent ou non, mais qui aussi sait choisir qui il veut pour lui donner ce qu’il ne donnera pas à d’autres. Et le fait que Dieu ait créé des millions de galaxies ne l’empêchera pas, s’il le veut, de ne choisir qu’une d’entre elles pour y mettre, quelque part dans un petit coin, cette race des “homo habilis” que la Parole de Dieu a choisie comme son point d’atterrissage dans la création.
L’homme n’est donc pas arrivé par hasard. Ce n’est pas un singe qui, par suite de quelques mutations chromosomiques tout-à-fait imprévisibles, s’est réveillé un jour capable de comprendre ; il y aurait pas mal à dire sur ces fameux hasards qui, au dire de certains, auraient fait qu’un jour une race de singes et de guenons laisserait la place à quelques grands musiciens et à pas mal de jolies filles. Il a fallu bien des générations, bien des maillons, et beaucoup d’humbles ancêtres que peut-être Dieu déjà connaissait et aimait comme il nous aime, mais le modèle et le but étaient là avant eux, et c’était le Christ.
Ici nous voudrions rappeler en quelques lignes les grandes étapes qui ont précédé la formation du peuple de la Bible.
Les premiers pas de l’homme
Quand et comment est apparu l’homme ? On pourra toujours discuter sur les termes : de quel homme parlons-nous ? De celui qui cassait des cailloux, ou de celui qui a dompté le feu, ou de celui qui enterre ses morts ? Nous parlons de l’homme vrai, celui dont l’esprit est à l’image de Dieu, celui que Dieu connaît et qui peut connaître Dieu.
Personne ne peut répondre à cette question de façon précise. Pendant de longs siècles l’homme n’a guère changé la face de la terre. Son genre de vie et les créations de son esprit le distinguaient à peine des primates anthropomorphes dont il était issu. Des familles et des groupes humains habitaient des cavernes, chassaient dans les forêts.
Lentement, l’homme s’est fait des armes et des outils, il s’est inventé une langue. Il ne s’intéressait pas seulement à ce qui se voit : dans les grottes souterraines où nos ancêtres célébraient leurs rites magiques loin de la lumière du jour, ils exprimaient leur vision du monde en peignant des images d’animaux sur la pierre.
L’homme était un être religieux, il enterrait ses morts. Créé à l’image de Dieu, son intelligence lui suggérait qu’il continuerait à vivre après la mort - croyance dont il a laissé de nombreux signes derrière lui. Quoique primitif, cet homme avait une conscience, il était capable d’aimer et découvrait quelque chose de Dieu (ou de ce qui est divin, comme dit Paul en Ac 17,27) à la mesure de sa capacité.
Les premières civilisations
Un tournant important de l’histoire humaine s’est produit il y a environ 10.000 ans, à l’époque appelée néolithique. Le développent démographique, dû en particulier à une meilleure alimentation, faisait hâter le pas à la civilisation : plus nombreux, les groupes humains devaient s’organiser. En quelques dizaines de siècles ils ont découvert comment cultiver la terre, élever du bétail, modeler et cuire l’argile. Des villages se sont formés et se sont unis pour se défendre et mieux profiter des ressources de la terre.
Ensuite, tout s’est passé très rapidement. Cinq centres de civilisation sont apparus.
Trois mille cinq cents ans avant le Christ, dans le secteur géographique appelé le Moyen Orient, où allait naître le peuple de la Bible, deux empires se sont formés. L’un était l’Egypte, et l’autre la Chaldée, pays qu’Abraham allait quitter bien des siècles plus tard. La Chaldée perfectionne alors un système d’irrigation, on y construit des maisons aux murs d’argile cuite, on y invente un système d’écriture, on se donne des lois et une administration centralisée. De son côté l’Egypte forge une civilisation remarquable : elle construit des temples grandioses pour les dieux, et des pyramides pour y enterrer ses pharaons.
Un peu plus tard, en Chine et en Inde, environ vingt siècles avant le Christ, et en Amérique Centrale, dix siècles avant le Christ, d’autres civilisations apparaissent. Celles de l’Amérique Centrale, de la Chine et de l’Inde allaient se développer chacune pour son compte, vu qu’à cette époque il était très difficile de parcourir les continents. En revanche, au Moyen Orient, la Chaldée et l’Egypte entretenaient des rapports, souvent agressifs, mais qui tôt ou tard les obligeraient à voir les limites de leur culture. La route allant d’un pays à l’autre passait par un petit pays qui plus tard s’appellerait la Palestine.
La Bible et les religions de la terre
Ces quelques rappels suffisent pour montrer que l’histoire et les traditions bibliques ne couvrent qu’un tout petit secteur de l’histoire humaine, mais l’un des plus importants, au point de convergence de trois continents. Il n’y a peut-être pas un point sur la planète qui ait vu tant de bouleversements géologiques, puis humains. Mais la majeure partie de l’humanité est passée à côté de cette histoire et a fait sa propre expérience de la vie et de Dieu. Il ne faudra jamais l’oublier.
Le peuple de la bible est arrivé tard sur l’échiquier des peuples, et il est resté très longtemps sans se poser de questions sur ceux qui n’avaient pas reçu la Parole de Dieu dont lui-même était le porteur. Et pour cette raison, Dieu ne lui en a rien dit, car, lorsque Dieu nous parle, il le fait en langage humain, et dans notre propre culture, et il respecte dans une certaine mesure nos limites et nos ignorances. Mais Dieu ne l’avait pas attendu pour donner de mille manières sa parole et son esprit. A certaines périodes, on a considéré que tout ce qui venait de l’étranger était mauvais, que toute sagesse née en dehors des terres juives ou chrétiennes était à rejeter. Mais il y a eu aussi des temps de curiosité où la foi s’est enrichie au contact d’autres cultures, de leurs prophètes et de leurs penseurs.
Il ne faudra donc pas demander à la Bible trop de réponses sur la façon dont Dieu a parlé dans les autres cultures, sur la façon dont son Esprit a été actif au milieu d’eux, sur la façon dont ils sont touchés aujourd’hui par les énergies qui rayonnent du Christ ressuscité, et comment ils sont sauvés par l’unique Sauveur. Elle nous affirme seulement que lorsque Dieu appelle Abraham, c’est le début d’une grande aventure, unique en son genre, et qui, bien plus, mène droit au Fils de Dieu, à Son Verbe, ou Sagesse, ou Parole - faite homme.
Depuis la Bible…
Soixante-dix générations nous séparent de la période des apôtres : ce sont les vingt siècles de l’histoire de l’Eglise. Parler de l’Eglise signifie parler de nos frères des siècles passés. Il ne coûte rien de les critiquer ou de penser qu’ils auraient dû être meilleurs : il est plus difficile de comprendre le monde où ils vivaient - un monde très différent du nôtre - et d’apprécier à sa juste valeur ce qu’ils ont essayé d’accomplir, inspirés par leur foi.
Hommes libres, vierges et martyrs
Les chrétiens des premiers siècles faisaient l’expérience enthousiasmante de leur liberté nouvelle : ils se voyaient libérés des superstitions païennes, du fatalisme face au destin et d’une mort sans espérance, libérés aussi de leur propre peur et de leur égoïsme. Mais ils devaient payer cher cette liberté. De leur temps, il n’y avait pas de loi supérieure à la volonté de l’empereur, aux coutumes de son propre peuple et à l’autorité du chef de famille. Or les chrétiens plaçaient le Christ au-dessus de toute autorité humaine. Du moment où ils refusaient de se plier à ce qu’ils voyaient contraire à leur foi, ils étaient traités comme des malfaiteurs. L’amour chrétien et la virginité étaient des insultes pour les vices du monde païen.
Pendant trois siècles il y a eu des persécutions et des martyrs : parfois dans une province de l’empire, parfois, dans une autre. A certaines périodes, toutes les forces du pouvoir se sont déchaînées contre les chrétiens dans le but d’en finir avec le nom du Christ. Mais dans la foule qui allait se divertir en regardant les tortures infligées aux chrétiens, certains revenaient honteux d’eux-mêmes et convaincus que la véritable humanité se trouvait chez les persécutés.
La conversion de Constantin
Durant trois siècles la foi chrétienne s’était enracinée principalement dans le monde romain. Or le monde romain entrait dans une période de décadence. Avant d’être vaincue par ses ennemis, Rome perdait peu à peu ce dynamisme qui lui avait assuré la maîtrise de tous les pays entourant la Méditerranée. En 3l5, l’empereur Constantin demande le baptême ; à partir de cette date les plus hauts fonctionnaires, tout comme les gens ordinaires adhèrent, par conviction ou par intérêt, à la religion de l’empereur. C’est une étape décisive pour l’Eglise qui de persécutée devient protégée.
Ce triomphe, qui d’une certaine façon bénéficie à la masse, entraîne bien des désavantages que seul le temps permettra d’évaluer. Dorénavant, l’Eglise se doit d’être la force spirituelle dont les peuples de l’empire romain ont tant besoin. Elle remplace les fausses religions et ouvre ses portes aux foules qui demandent le baptême. L’Eglise ne se limite plus à des croyants baptisés après une conversion réelle, elle doit instruire un “peuple chrétien” qui ne se distingue guère du “peuple païen” d’avant. Ce qui se gagnait en quantité se perdait en qualité. Les empereurs “chrétiens” n’étaient guère différents de leurs prédécesseurs qui avaient été l’autorité suprême dans la religion païenne. Maintenant ils voulaient gouverner l’Eglise, nommer les évêques et contrôler les consciences. Ils protégeaient la foi : ils protégeaient aussi une religion d’Etat contre ce virus qu’est l’Evangile.
Sortis de la clandestinité, délivrés des persécutions, les chrétiens étaient de plus en plus concernés par les problèmes du monde. Comment pouvaient-ils concilier la culture de leur époque et la foi ? C’est alors que de grands évêques, connus comme les “Pères de l’Eglise”, font une vaste exposition de la foi en répondant aux questions de leurs contemporains. L’un des plus éminents est sans doute saint Augustin, qui est souvent considéré comme le père de la culture européenne.
Certains préfèrent ne pas voir les aspects difficiles de la foi. Mais ceux qui osent les approfondir ne se gardent pas toujours des erreurs. Une hérésie s’est étendue, qui a failli gagner toute l’Eglise : “l’arianisme”. Par crainte de diviser le Dieu unique, les ariens niaient que le Christ soit le Fils, égal à Dieu ; ils le considéraient seulement comme le premier de tous les êtres créés. Les empereurs qui avaient adopté cette doctrine nommaient des évêques qui partageaient la même hérésie. Cependant, comme Jésus l’avait promis, le Saint-Esprit préserva la foi. Une résistance assez générale du peuple chrétien appuyé par bon nombre de ses évêques, maintint la foi des apôtres et l’hérésie finit par disparaître.
En constatant que l’Eglise n’est plus la communauté fervente du temps des martyrs, des chrétiens désireux de perfection commencent à s’organiser en communautés exigeantes : ils renoncent au monde pour rechercher Dieu de toute leur âme. Alors, dans les déserts d’Egypte au début, puis dans tout le monde chrétien, se multiplient moines et ermites. Les moines vont préserver dans l’Eglise l’idéal d’une vie parfaite, une vie entièrement consacrée au Christ. Leur vie de mortification leur permet de scruter les recoins secrets du cœur humain et de bâtir une authentique sagesse spirituelle. Et Dieu leur fait expérimenter la transformation et la divinisation réservées à ceux qui abandonnent tout pour lui.
Le ferment dans la pâte
Envahi par les Barbares, l’Empire romain s’effondre. (Nous parlons constamment de l’Empire romain, non pas parce que c’était le seul endroit peuplé dans le monde, mais parce que les prédicateurs chrétiens n’étaient pas encore, ou peu sortis de ses frontières.) Alors commencent des temps de ruine et de dévastation tels que, pour beaucoup, la fin du monde est proche. En réalité, cette destruction annoncée par Jean dans l’Apocalypse n’est que la fin d’un monde et le commencement d’une autre époque.
L’Eglise ne disparaît pas dans ce tourbillon, elle découvre une nouvelle tâche : évangéliser et instruire les peuples qui, après les invasions barbares, sont revenus à une société très primitive, vivant sur les ruines de la culture antique.
Les hommes de ce temps ne connaissent que l’Eglise comme force morale et institution stable. Souvent, l’évêque est devenu le représentant du peuple face aux envahisseurs, le clergé fait figure de classe instruite, les témoignages de la culture ancienne sont conservés dans les monastères avec les Ecritures Saintes. L’Eglise devient l’âme de ces peuples primitifs, tout à la fois cruels, généreux et excessifs. En même temps que l’Eglise lutte pour limiter les guerres et les vengeances, pour restaurer l’autorité civile, pour protéger les femmes et les enfants et développer le sens du travail constructif, elle se laisse aussi envahir par les superstitions et la corruption. Bien souvent il a semblé que les plus hautes autorités, papes et évêques, s’enfonçaient dans la corruption et les vices du monde... mais l’Eglise était bien plus qu’eux, et ce qui était semé dans les larmes allait porter ses fruits.
Au cours de l’Histoire Sainte, Dieu avait instruit le peuple d’Israël au milieu de bien des erreurs corrigées avec le temps. A leur tour les peuples qui formaient la chrétienté, apprenaient à vivre en êtres humains, libres et responsables. Dans la nouvelle civilisation qui s’ébauchait, la culture, l’art, et surtout les idéaux étaient les produits de leur foi, même si bien des choses pas du tout chrétiennes y avaient leur place.
Catholiques et Orthodoxes : le schisme
La partie orientale de l’Empire romain avait résisté aux invasions barbares. Cette partie de l’Eglise appelée grecque ou orientale, qui devait plus tard évangéliser la Russie, s’était peu à peu éloignée de la partie ouest occupée par les barbares et gouvernée par l’Eglise de Rome. Il y eut bientôt deux Eglises qui, ayant la même foi, différaient par leur culture, leur langue et leurs pratiques religieuses. Les chrétiens d’alors commirent un péché qui est de tous les temps : de chaque côté on s’attache passionnément à ses propres usages jusqu’à en oublier la foi commune. C’est ainsi que peu à peu l’Eglise Orientale, qui prit le nom d’Orthodoxe, se sépara de l’Eglise d’Occident et du pape dont elle ne voyait plus la mission au service de l’unité.
Quelques siècles plus tard, les Turcs de religion musulmane envahissaient et détruisaient l’empire byzantin (partie orientale de l’ancien Empire romain). Là où autrefois les anciennes Eglises de Syrie, de Palestine et d’Egypte avaient prospéré, il ne restait plus que de rares communautés chrétiennes. Aujourd’hui la Grèce, la Roumanie, et surtout la Russie forment la partie la plus importante du monde orthodoxe.
L’Eglise et la Bible
Jusqu’à l’invention de l’imprimerie par Gutenberg en 1450, les livres étaient rares et chers, car ils étaient écrits à la main. Les gens simples ne pouvaient pas avoir de Bible, même pas l’évangile. La Bible se lisait à l’Eglise et servait de base à la prédication. Pour la rendre plus visible aux fidèles, on ne construisait pas d’églises sans les embellir de peintures, de sculptures ou de vitraux représentant des scènes bibliques.
Mais l’invention de Gutenberg allait permettre à chacun d’avoir les Saintes Ecritures à condition bien sûr de savoir lire. Cette découverte technique allait précipiter une crise latente dans l’Eglise. Pendant des siècles, les institutions de l’Eglise, son clergé et ses religieux avaient garanti la culture et l’unité du monde chrétien ; leur situation sociale faisait que les préoccupations mondaines tenaient souvent plus de place dans leur vie que le service de l’évangile. Ce qui était plus grave, l’Eglise-institution devenait un système religieux terriblement pesant, qui souvent étouffait les inquiétudes intellectuelles et les initiatives évangéliques.
Beaucoup d’hommes éminents, religieux et saints, avaient protesté et demandé des réformes, mais rien ne changeait. Avec l’impression de la Bible, beaucoup commencèrent à penser que la manière de réformer l’Eglise était de donner à tous le livre sacré afin qu’en le lisant chacun puisse apprécier le message originel et corriger les erreurs et les mauvaises habitudes établies.
Quand Martin Luther prit l’initiative de réformer l’Eglise en se séparant de l’Eglise officielle, il s’imposa la tâche de traduire la Bible en allemand, qui était pour lui la langue du peuple. Jusque-là, la Bible avait été habituellement publiée en latin, la langue du clergé ; en effet, on ne croyait guère à l’importance d’une lecture individuelle de la Parole de Dieu pour tous les chrétiens, on avait peur qu’en donnant à tous le Livre sacré, beaucoup donnent au texte une mauvaise interprétation. On n’avait pas complètement tort : peu après que Luther eut traduit la Bible en langue populaire, les divergences entre ses disciples entrainèrent la fondation de nouvelles églises rivales, chacune d’elles étant convaincue de posséder la vérité.
Plus tard, après la rupture d’avec les Protestants, l’Eglise Catholique appauvrie en richesses humaines fit sa réforme. De grandes choses furent accomplies, les saints d’une personnalité exceptionnelle furent légion. Mais on ne sut pas pour autant encourager la lecture de la Bible. Au contraire, elle fut plus que jamais mise sous le contrôle des autorités ecclésiastiques, freinant ainsi considérablement l’essor du laïcat chrétien. Les prédicateurs et les missionnaires enseignaient bien l’évangile, mais ils se comportaient plus comme des maîtres qui possèdent le savoir, que comme des serviteurs de la Parole de Dieu qui cherchent avec leurs frères à en découvrir la richesse.
Les missions de l’Eglise occidentale
Dès le temps des apôtres, les croyants se préoccupaient de transmettre leur foi. Des missionnaires s’aventurèrent parmi des peuples hostiles, parlant d’autres langues. Les laïcs jouèrent un rôle important, en particulier les commerçants et voyageurs chrétiens qui jetaient les premières semences de la foi là où ils passaient. Mais quand l’Europe fut plus ou moins unie par le christianisme, on crut que la tâche missionnaire était achevée. Qu’y avait-il en dehors des nations chrétiennes ? Beaucoup auraient répondu : “Seulement les Maures.” Les Maures, ou les Arabes de religion musulmane, étaient les ennemis acharnés des nations chrétiennes. On ne pensait pas qu’il y eût ailleurs d’autres peuples à évangéliser.
Certains prophètes, comme François d’Assise ou Raymond Lulle, comprenaient qu’il valait mieux prêcher le Christ parmi les musulmans que de lutter contre eux par les armes. Il y eut aussi quelques missionnaires comme Juan de Montecorvino qui parcourut toute l’Asie à pied jusqu’à la Chine. Ils n’étaient que des exceptions.
Mais après Marco Polo, Vasco de Gama et Christophe Colomb, le mur d’ignorance entourant la chrétienté tombe. L’Eglise prend conscience de la véritable dimension du monde qui n’a pas encore reçu l’Evangile : l’Afrique, l’Asie et l’Amérique. Les premiers qui naviguent vers ces pays lointains sont des marchands et des aventuriers : les gens rangés ne prennent généralement pas ce genre de risques. Mais aussitôt derrière eux s’embarquent des aventuriers de la foi, anxieux de gagner pour le Christ ceux qui ne le connaissent pas encore. Beaucoup de ceux qui partent ainsi sans armes, sans autre préparation que leur foi, seront des saints et des martyrs.
Tout cela nous semble lointain en un sens, mais à l’époque, les Eglises d’Europe avaient déjà des siècles de tradition. Elles avaient leur propre culture, leur manière de penser la foi et de vivre l’évangile. Il était difficile pour les hommes d’alors de comprendre des peuples d’une autre culture et de leur transmettre l’évangile de telle sorte qu’ils puissent vivre la foi selon leur propre culture. C’est pourquoi très souvent les Eglises établies au loin n’ont pas prospéré et l’Eglise s’est confondue avec le christianisme européen.
Cela a été le cas généralement en Asie, surtout en Chine et en Inde : beaucoup de missionnaires n’étaient pas préparés à entreprendre une évangélisation sur la base d’une réelle estime pour la culture et les religions locales. Ne pas faire attention à une si longue expérience religieuse ne permettait de convertir que des minorités, sauf dans quelques régions de l’Inde et du Vietnam.
Il semblait qu’en Amérique tout serait plus facile et plus fructueux. Les Espagnols avaient asservi la population indigène et parfois ruiné sa culture. Les indigènes n’avaient pas résisté à la foi et, dans certains endroits, on accordait des privilèges à ceux qui devenaient chrétiens. Mais sous la mince couche de pratique catholique, les peuples indigènes préservaient leurs coutumes païennes.
La rébellion des laïcs
Parlant de la chrétienté européenne, nous avons dit que l’Eglise s’était chargée de beaucoup de secteurs publics par nécessité puisqu’il n’y avait pas encore d’institutions civiles capables de s’en charger. Le clergé avait fondé des écoles et des universités qu’il dirigeait ; les religieux étaient responsables de la santé publique : hôpitaux, hospices et orphelinats. Les moines défrichaient et développaient les terres incultes.
Mais un jour est venu où les plus clairvoyants parmi les dirigeants et les intellectuels se sont rendu compte que toutes ces tâches devaient être remises aux autorités civiles. En cela ils étaient d’accord avec l’évangile qui distingue ce qui appartient à César et ce qui appartient à Dieu. Mais ils devaient faire face aux pouvoirs et aux usages établis : comme il est difficile de céder ses responsabilités à d’autres ! C’est pourquoi les changements historiques qui ont accompagné la naissance de nations modernes, d’institutions laïques et de sciences indépendantes de la foi, ne se sont accomplis qu’au prix de luttes souvent douloureuses contre le pouvoir ecclésiastique. Tous ont entendu parler du procès intenté à Galilée et des conflits politiques entre les papes et les rois.
L’Eglise et le monde moderne
La foi chrétienne avait communiqué aux Européens l’énergie, la sécurité et la conscience de leur mission dans l’univers : elle les avait préparés pour aller à la conquête de la science aussi bien que des autres continents. Au cours des quatre siècles derniers, le monde a connu plus de crises, de progrès et de changements que dans tous les siècles précédents. Bien entendu, l’avancée technique et la colonisation répondaient à des motifs étrangers à la foi, mais en fait elles servaient aussi le plan de Dieu qui depuis le commencement envisageait la rencontre de toutes les cultures et familles humaines.
L’Eglise a participé à cette expansion occidentale qui préparait une humanité unie. Au l9e siècle, il y a eu jusqu’à 100.000 missionnaires, prêtres et religieux qui se consacraient à l’évangélisation et à l’éducation en Asie, en Afrique et en Amérique.
Mais le plus important se passait en Europe. L’Eglise faisait face à cette culture nouvelle qui lui devait beaucoup, mais qui, devenue indépendante, se présentait souvent comme l’ennemie de l’Eglise. Les esprits avancés se croyaient capables d’amener le progrès, le bonheur et la paix à l’humanité, et ils ne voyaient dans l’Eglise qu’ignorance et préjugés. Bref, ils considéraient l’Eglise comme le principal obstacle à la libération de l’homme. Plusieurs se sont même risqués à prédire la fin du christianisme avant le 20e siècle.
Mais il n’y avait pas moins d’aveuglement en face. Il y a seulement cent cinquante ans un pape condamnait les chemins de fer comme une invention diabolique. La hiérarchie s’était habituée à enseigner et à avoir le dernier mot sur tout. Même aujourd’hui il lui coûte parfois de ne pas donner des solutions toutes faites sur des problèmes complexes propres aux laïcs, où chacun doit chercher son chemin avec l’aide de l’Esprit-Saint
L’Eglise s’est donc vue peu à peu marginalisée dans bien des domaines. Elle a eu la tentation de se retirer du monde pour constituer loin des réalités de la vie un petit groupe de ceux qui savent et qui sont sauvés. Cette tentation est toujours présente. Mais aussi de grands apôtres ont montré que l’Eglise pouvait remplir pleinement sa mission dans le monde à condition d’imiter le Christ humble, serviteur et pauvre, au lieu de chercher des appuis chez les grands du monde ou dans leurs banques.
L’Eglise ne représente qu’une minorité dans le monde : environ 700 millions de Catholiques sur cinq mille millions d’habitants sur terre. Mais plus que jamais, ou un peu moins mal qu’auparavant, cette minorité s’intéresse à tout ce qui est humain, sachant que Dieu ne sauve pas seulement des âmes mais la race humaine comme un tout. Pourtant, au moment même où le monde cherche son unité, la chrétienté reste divisée. Catholiques et protestants reproduisent la même division que la bible nous montre dans les deux nations de Juda et d’Israël : l’Eglise Catholique, plus attachée à l’authenticité de la foi et de la Tradition des Apôtres, les protestants, plus enthousiastes dans la communication de la Parole de Dieu. Même incapables jusqu’ici de se réunir, ils doivent faire face ensemble aux appels d’un monde où s’ébauche une civilisation planétaire.
Le retour à l’Evangile
Retour “à” l’Evangile d’abord. Tout au long de son histoire, l’Eglise a eu ses réformes et ses réformateurs. Et la réforme est toujours un retour à l’Evangile.
Aujourd’hui pourtant, le retour à l’Evangile acquiert un sens particulier. Durant des siècles (ce que Paul et Luc ont appelé “le temps des nations”), l’Eglise a dû se faire éducatrice des peuples où elle s’établissait. Elle a refait avec eux les expériences du peuple d’Israël. D’une main elle leur donnait l’Evangile, le mystère de Dieu-communion, la charité et le mystère de la croix ; de l’autre elle prenait sa part de la lente montée des peuples vers l’âge adulte, à travers une masse de souffrances, de luttes et d’ignorance.
Mais aujourd’hui nous commençons à voir le chemin parcouru. L’Evangile était pour tous les hommes, et il était l’annonce d’une humanité-avec-Dieu. Et voilà que le progrès nous fait marcher à grands pas vers cette rencontre et interaction de toutes les cultures et de toutes les réalités humaines. C’est l’heure pour l’Eglise d’entrer pleinement dans le Nouveau Testament : l’histoire continue sa marche, mais l’Eglise ne sera plus le tuteur des peuples, les chrétiens seront le ferment dans la masse. Les grosses structures de l’Eglise, qui ne savent guère que grossir, et qui souvent aujourd’hui nous paralysent, perdront de leur importance, la recherche de Dieu à travers sa parole prendra la première place dans la vie religieuse du croyant.
L’Evangile s’impose aujourd’hui comme la clef de notre histoire. Durant des siècles les chrétiens ont vu dans la foi et la religion le moyen de faire leur salut et de servir Dieu, mais ils n’avaient pas les éléments suffisants pour comprendre l’histoire dans sa barbarie quotidienne. C’est maintenant que les mots-clefs de l’Evangile commencent à prendre leur sens à l’échelle des problèmes planétaires : ce n’est pas par hasard que dans les pays d’Orient des millions d’hommes cherchent dans l’Evangile les secrets d’une supériorité occidentale.
L’Evangile, ce ne sont pas seulement des paroles (et c’est très peu une religion), mais c’est une ouverture, un état de grâce de la personne humaine qui se découvre elle-même face à Dieu, grâce à la croix du Christ. Aujourd’hui il n’y a guère de bastions dans l’humanité qui résistent aux forces nouvelles, aux inquiétudes culturelles qui, même dévoyées, ouvrent presque toujours des portes à l’Evangile. La musique de Mozart a ouvert à la nouveauté chrétienne plus de monde que ne l’ont fait de grands missionnaires. L’émancipation féminine a obligé des peuples, et des millions d’hommes, à une vraie conversion.
C’est donc le moment où tout chrétien, où toute communauté chrétienne se trouve ramenée au temps de Jésus et des apôtres. Libérés de structures religieuses qui ont soutenu et à la fois emprisonné nos pères, c’est l’heure pour nous d’annoncer au monde la Bonne Nouvelle. En France, tout spécialement, où depuis deux siècles la culture a été résolument antichrétienne, jusqu’à exclure la Bible de l’enseignement, on a vu s’accumuler les tragédies personnelles et familiales. Nul n’est en mesure d’apporter un remède au désarroi d’un peuple blessé par son déclin sur l’échiquier mondial, maintenant sans mission à remplir, paralysé par les conflits sectoriels et le refus des contraintes sans lesquelles il n’y a ni justice ni solidarité.
Mais le problème est mondial : l’humanité, devenue maîtresse des éléments de son destin, se retrouve devant la grande question fondamentale : vivre, pourquoi ? La société libérale a multiplié les moyens de vivre et fait grandir l’attachement à la vie, mais voilà qu’elle se défait parce qu’on ne sait plus qu’il faut se perdre soi-même pour se retrouver. Le choix fondamental que nous propose l’Evangile se retrouve donc au centre de notre civilisation, au cœur de toutes les familles, et pour chacune de nos vieilles nations c’est une question de vie ou de mort. Voici donc ouvert le grand siècle de l’évangélisation, et, plus proche que jamais la perspective d’un achèvement de l’histoire : le Seigneur vient !

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